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Thomas Pesquet : “Ce Que Font Les Kogis Résonne De Plus En Plus Pour Nous”

Thomas Pesquet : “Ce que font les Kogis résonne de plus en plus pour nous”

© Jean-Michel Turpin – Adenium TV France

En 2018, Thomas Pesquet partait à la rencontre des Kogis avec l’émission “Rendez-vous en Terre Inconnue”, animée par Frédéric Lopez. Pour Tchendukua, le spationaute a accepté de revenir sur les moments exceptionnels qu’il a partagés avec ses hôtes.

Qu’avez-vous gardé de votre rencontre avec les Kogis ?

Je pense que c’est, avant tout, une manière vraiment différente d’appréhender le monde. Parce qu’on a beau voyager, on fonctionne un peu tous sur le même modèle, même s’il y a des variantes. Mais là, c’est vraiment différent. C’est une culture en harmonie avec la nature, ils vivent sur un rythme complètement différent du nôtre. Même si on sait que ça existe, c’est autre chose de le vivre à leurs côtés. Ça devient plus réel, ce n’est pas quelque chose de lointain qu’on a vu à la télé. Moi maintenant, je sais que ça existe vraiment, je sais qu’il y a une autre manière de voir le monde.

Que pensez-vous du dialogue entre les Kogis et la science « moderne », dont vous être l’un des représentants ?

Je trouve que c’est un enrichissement. Je pense que la même question se pose avec la médecine traditionnelle chinoise, par exemple. Parce que ça permet de voir les choses différemment. De voir les problèmes sur le temps long, de voir les choses qui sont liées plutôt que traiter les problèmes individuels, comme on a tendance à le faire. Les Kogis ont une harmonie entre toutes les composantes de leur vie, et avec la nature, que nous avons complètement perdue. Sur la nourriture par exemple : nous, on va l’acheter dans un supermarché. Eux, ils trouveraient ça dingue : « Pourquoi elle est dans du plastique ? Qui l’a faite ? Vous ne connaissez pas la personne qui a préparé votre repas, comment pouvez-vous être sûrs que c’est bon ? »…

Je pense que ça peut être vraiment bénéfique pour nous, surtout en ce moment avec les problèmes d’environnement, de prendre du recul et de se dire : voilà, on va essayer de penser les choses de manière plus globale, essayer de trouver les interactions là où elles existent, même si on n’y a jamais prêté attention avant.

Les Kogis et les peuples autochtones sont parfois considérés comme archaïques, primitifs… Qu’est-ce que cela vous inspire ?

On peut se dire que ne pas avoir la technique qu’on a nous, c’est une manière de vivre primitive… Mais de la même manière que je ne pense pas qu’on puisse dire que c’est celui qui a la plus grande télé à écran plat qui est le plus évolué, je pense que la finesse d’une société et des individus n’est pas liée à la technique qu’ils emploient. Ce n’est pas dans cette dimension-là que ça se joue. Moi, ce que j’ai vu, c’est que bien qu’ils n’aient pas vraiment de culture écrite, il y a une énorme richesse de société kogi. Ils sont tout le temps en train de parler, de se parler, du matin au soir. Ils échangent énormément. Il y a un côté communautaire que nous avons complètement perdu. C’est comme si le groupe était l’entité vivante, et que chacun avait son rôle à l’intérieur. Cette manière qu’ils ont de tous communiquer ensemble, ça aussi ça m’a frappé, parce que nous, on n’a pas du tout ça dans notre société. On prend le métro le matin, il y a 500 personnes dedans, on n’adresse pas la parole à une seule. Pour eux c’est complètement impensable, cette manière de fonctionner.

Avez-vous un message à leur transmettre aujourd’hui ?

Mon message serait : « Toutes ces choses que vous faites depuis des centaines d’années, ça résonne de plus en plus pour nous. Peut-être qu’en fait on n’avait pas si raison que ça sur tout, comme on l’a toujours pensé… ». Et puis : « parlez-nous un peu plus, ça nous intéresse ! » C’est un des messages qu’on leur a apportés et qu’il faut continuer à leur donner.

Y a-t-il un moment qui vous a particulièrement marqué lors de votre séjour chez les Kogis ?

Il y en a beaucoup ! La première rencontre, déjà. J’arrivais là sans aucun travail préparatoire, parce que c’est le principe de l’émission, de découvrir… La première discussion était un peu surréaliste parce que les Kogis nous ont dit : « finalement vous êtes comme nous, on va pouvoir discuter… » Effectivement, on se rend compte qu’on est chacun des êtres humains, mais le dire comme ça, ça ne viendrait jamais à l’esprit dans une rencontre de la vie de tous les jours. Dire : « finalement, on se ressemble, on fonctionne pareil donc on va arriver à communiquer ». C’était un moment fort.

Après, il y a eu la découverte de leurs chefs spirituels, les Mamos, qui maintiennent la société ensemble. Ce sont les guides spirituels mais pas seulement, ils ont aussi beaucoup de pouvoir temporel, ou du moins de conseils, ils donnent les directions dans lesquelles il faut aller. Découvrir ces fonctionnements-là, c’était marquant.

Et chaque jour, il y avait des moments de découvertes. Par exemple, Antonio (Kogi rencontré lors de l’émission) n’avait jamais vu la mer, et surtout il ne s’était baigné dans la mer, pour lui c’était quelque chose de complètement irréel…

Un moment qui m’a fait beaucoup réfléchir, c’est quand ils nous ont parlé de leur conception du monde, qu’ils nous ont dit que le haut des montagnes était lié à la mer, etc. Et oui, la fonte des glaciers alimente les cours d’eau, etc., tout ça, on le sait maintenant scientifiquement, mais eux le savent depuis toujours… Et on les prenait pour des rigolos, à l’époque. De voir cette convergence de ce qu’eux disent depuis toujours avec ce que l’on découvre depuis 10, 20 ou 30 ans, c’était quand même une claque. Ca fait prendre du recul par rapport à notre société qu’on a tendance à estimer supérieure, parce qu’elle marche bien économiquement, ou à peu près, et techniquement… Je pense que c’est important, de temps en temps, d’avoir cette piqûre de rappel.

J’aimerais bien y retourner… Peut-être un jour !”

Propos recueillis par Pauline Thiériot 

Grâce à l’appel à dons lancé lors de la diffusion de l’émission, plus de 215 000 € ont été collectés pour permettre la restitution de terres ancestrales aux Kogis. A ce jour, 82 hectares ont déjà été restitués, et de nouveaux achats sont prévus dans les mois à venir. Un grand merci à Thomas Pesquet, Frédéric Lopez, l’équipe de l’émission, et aux 3 700 donateurs !

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