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Les peuples de la Sierra

Les Kogis, Aruacos, Wiwas et Kankuamos constituent les peuples de la Sierra Nevada de Santa Marta et sont les descendants des Tayronas, une des plus grandes sociétés précolombiennes du continent sud-américain à l’image des Incas, des Mayas ou des Aztèques. Pour eux, la Sierra Nevada représente le cœur du monde, la Mère Terre, qui leur a transmis le code moral et spirituel qui régit leur civilisation.

Il est difficile de savoir précisément le nombre, la diversité et la localisation des différentes communautés précolombiennes, qui peuplaient les contreforts de la Sierra, avant l’arrivée des Conquistadores. Certains travaux de recherche menés par des anthropologues, parlent de traces de civilisations, vieille de plus de 12.000 ans, d’autres évoquent des migrations en provenance de l’actuel Guatemala. Une hypothèse que semble accréditer des mots de vocabulaires d’origine Mayas, identifiés dans la langue Kogis, et les similitudes entre les Kogis, et les Lacandons, derniers survivants de la civilisation Maya, vivant dans le Chiapas,  à la frontière entre le Guatemala et le Mexique. Si l’histoire a gardé le souvenir d’une seule appellation, les « Tayronas » pour désigner les habitants précolombiens de cette partie de l’actuelle Colombie, il semble que le nombre et la diversité des communautés présentes sur les côtes caraïbes aient été beaucoup plus importants.

« Pour nous, la Sierra Nevada, ce n’est pas simplement un territoire, c’est le cœur du monde, de la vie, c’est comme un corps vivant… »

Historiquement, l’essentiel de la population, villes, voies de circulations, centres politiques, centre de fabrication étaient plutôt localisés sur les versants nord du massif. Sous les coups de boutoirs des différentes vagues de colonisation, dont certaines sont montées  particulièrement haut dans les vallées – on trouve des églises et des signes catholiques, croix, autels, qui datent sans doute du 17 ou 18ème siècle dans nombre de villages d’altitude -, les communautés se sont à la fois dispersées et repliées dans les hautes vallées de la Sierra, sortant peu à peu de notre histoire.

Tout en parlant des langues très différentes, les quatre communautés qui vivent encore dans la Sierra, fonctionnent encore sur les mêmes principes culturels et philosophiques, les principes de la « Mère Terre ».

  • Ses membres font des rituels et des offrandes pour garder l’équilibre et l’harmonie avec la « Mère Terre »
  • Ils  pratiquent de long rituels de “confession” ou neshi, à savoir la verbalisation des pensées ou actions négatives  qui pourraient porter atteinte à l’équilibre des relations, entre les membres de la communauté ou  avec la « Mère Terre »
  • Ils perpétuent la formation de mamas et de sagas (chamans hommes et femmes) à la fois, juges, philosophes, historiens, médecins, intermédiaires avec la « mère » et gardiens des équilibres de la communauté
  • Ils considèrent le territoire comme un “corps” territorial avec lequel il convient de rester en relation, condition du maintien de l’équilibre
  • L’usage du poporo (hommes) et du tissage (femmes) est pour eux à la fois un symbole et une pratique qui aide les membres de la communauté à travailler leur pensée, préalable pour conscientiser la « mère », son harmonie, et de leur responsabilité pour garder cette harmonie

L’histoire raconte que, pressés et contraints de se replier dans les hautes vallées de la Sierra Nevada face à la violence destructrice de la colonisation, les quatre communautés auraient passé un “pacte” secret. A trois d’entre elles aurait été confiée la lourde responsabilité de faire face aux vagues destructrices de la modernité pour protéger la quatrième, les Kogis, afin qu’ils préservent le plus possible leurs connaissances ancestrales. A charge pour les Kogis de repartager ces connaissances, lorsque les temps seront venus. Et les temps sont venus, puis qu’aujourd’hui, les mamas Kogis forment régulièrement les mamas des trois autres communautés.

Accompagner les Kogis, indirectement, c’est soutenir la vie spirituelle des trois autres communautés de la Sierra.

Historiquement, l’essentiel de la population, villes, voies de circulations, centres politiques, centre de fabrication étaient plutôt localisés sur les versants nord du massif. Sous les coups de boutoirs des différentes vagues de colonisation, dont certaines sont montées ; particulièrement haut dans les vallées – on trouve des églises et des signes catholiques, croix, autels, qui datent sans doute du 17 ou 18ème siècle dans nombre de villages d’altitude ; les communautés se sont à la fois dispersées et repliées dans les hautes vallées de la Sierra, sortant peu à peu de notre histoire.

Tout en parlant des langues très différentes, les quatre communautés qui vivent encore dans la Sierra, fonctionnent encore sur les mêmes principes culturels et philosophiques, les principes de la « Mère Terre ».

        • Ses membres font des rituels et des offrandes pour garder l’équilibre et l’harmonie avec la « Mère Terre »
        • Ils  pratiquent de long rituels de “confession” ou neshi, à savoir la verbalisation des pensées ou actions négatives  qui pourraient porter atteinte à l’équilibre des relations, entre les membres de la communauté ou  avec la « Mère Terre »
        • Ils perpétuent la formation de mamas et de sagas (chamans hommes et femmes) à la fois, juges, philosophes, historiens, médecins, intermédiaires avec la « mère » et gardiens des équilibres de la communauté
        • Ils considèrent le territoire comme un “corps” territorial avec lequel il convient de rester en relation, condition du maintien de l’équilibre
        • L’usage du poporo (hommes) et du tissage (femmes) est pour eux à la fois un symbole et une pratique qui aide les membres de la communauté à travailler leur pensée, préalable pour conscientiser la « mère », son harmonie, et de leur responsabilité pour garder cette harmonie

        L’histoire raconte que, pressés et contraints de se replier dans les hautes vallées de la Sierra Nevada face à la violence destructrice de la colonisation, les quatre communautés auraient passé un “pacte” secret. A trois d’entre elles aurait été confiée la lourde responsabilité de faire face aux vagues destructrices de la modernité pour protéger la quatrième, les Kogis, afin qu’ils préservent le plus possible leurs connaissances ancestrales. A charge pour les Kogis de repartager ces connaissances, lorsque les temps seront venus. Et les temps sont venus, puisqu’aujourd’hui, les mamas Kogis forment régulièrement les mamas des trois autres communautés.

        Accompagner les Kogis, indirectement, c’est soutenir la vie spirituelle des trois autres communautés de la Sierra.

Un découvreur, Élisée Reclus

Elisée ReclusEn 1855, Elisée Reclus, un des plus grands géographes français de tous les temps, décide de s’installer au pied de la « montagne de Sainte Marthe ».

Il est fasciné par cette pyramide montagneuse qui représente pour lui « Un abrégé de toutes les merveilles du monde où l’on rencontre tous les aspects possibles de notre terre, depuis la forêt équatoriale, jusqu’aux neiges éternelles. »

Esprit ouvert, avide de liberté, en avance sur son temps, malgré quelques contacts privilégiés avec les Aruacos, Elisée Reclus n’arrivera jamais vraiment à appréhender la richesse de leur culture.

Si son approche de la géographie, associée à une grande sensibilité, lui permet d’expliquer et parfois de pressentir beaucoup plus que ce qu’il peut voir, il restera le plus souvent déçu par leur mutisme et leur incompréhension.

Les Kogis

Depuis 1997, les actions développées par l’association Tchendukua – Ici et Ailleurs ont été développées et mises en œuvre auprès des communautés Kogis. Une orientation liée à l’histoire d’Eric JULIEN et sa rencontre en 1985 avec les Aruacos, puis les Kogis qui vont lui sauver la vie. Les connaissances de l’association sur la Sierra et ses habitants sont en grande partie issues de cette rencontre et du dialogue régulier engagé avec eux depuis 1997.

Qui sont-ils ?

Des 500.000 habitants approximativement dénombrés au XVIème siècle, on ne compte plus aujourd’hui que 25.000 Kogis. Plus qu’une simple montagne, la Sierra Nevada représente à leurs yeux le centre du monde, la « Mère Terre » qui leur a transmis le code moral et spirituel qui régit leur civilisation. Peuple de sages et de philosophes, ils connaissent une vie spirituelle intense. Privilégiant les choses de l’esprit, très tôt, ils initient certains de leurs enfants aux mystères de leur religion, selon un rite et une éthique particulièrement rigoureuse. L’acquisition de ce savoir n’a qu’un but, s’efforcer d’être en harmonie avec soi-même et avec le monde. Menant une existence secrète et isolée, les Indiens Kogis pratiquent une immuable transhumance entre leurs fermes et les villages où ils se retrouvent lors de cérémonies religieuses.

Les chamans kogis : Mamas et Sagas

Au centre de cet univers, les Mamas/soleil  (chamans hommes) et Sagas/lune  (chamans femmes) – prêtres et philosophes – règlent l’ordre social et spirituel de la communauté. Formés parfois jusqu’à 18 ans dans le noir (2 cycles de 9 ans), ils développent une connaissance profonde des phénomènes naturels. Ils assurent les fonctions de juges et de médecins, en charge du bien-être de leur communauté et de l’équilibre de l’univers. Gardiens de la « loi de Sé », ou « loi des origines », ils veillent au respect des processus de décision, aux valeurs partagées, intervenant pour réguler les grands équilibres du monde, et de la communauté. D’après eux, les maladies surgissent, lorsque les membres de la communauté se mettent en dysharmonie avec la nature, et ne respectent plus les lois de « Sé ».

Mamas Et Saga Kogis

Les Kogis et l’agriculture

Permaculteurs avant l’heure, les Kogis sont poly-cultivateurs. Ils valorisent les différents étages thermiques de la Sierra, ni stock ni réserves, ni surplus, et produisent le strict nécessaire pour assurer leur survie. Ils sont aussi à leurs heures, chasseurs (trappes), pécheurs de rivières, et sans doute étaient-ils pécheurs de mer avant l’arrivée des conquistadores.

Leurs techniques agricoles sont basées sur ce que nos sociétés modernes ont nommé “allélopathie”, à savoir la valorisation et l’association des spécificités, perçues comme complémentaires (cycle de vie, propriétés…) de chacune des plantes cultivées, un système millénaire de pilotage et de contrôle biologique.

Pour les Kogis, l’agriculture est une sorte de thermomètre qui leur permet d’apprécier l’état de leurs relations, bonnes ou mauvaises, avec la “mère” nature. Une bonne récolte sera interprétée comme une réponse positive de la terre au travail de préparation et d’ensemencement réalisé au préalable. De telles relations ne permettent en aucun cas l’usage d’engrais, de pesticides ou la mise en place d’une relation “mécanique” avec les sols.

Celui qui va travailler la terre doit pouvoir dialoguer directement avec elle, s’excuser pour les blessures spirituelles qu’il va lui causer. Comme les êtres humains, plantes et animaux ont un esprit et des maîtres aussi dignes de respect que ceux des êtres humains. Il faut les identifier, les connaître et les respecter, leur faire des offrandes. Si, malgré tout, la récolte s’avère insuffisante, mauvaise, ils vont chercher les causes de cette relation insatisfaisante et mettre en place un processus spécifique qui permette de rétablir l’équilibre avec le vivant.

Une polyculture basée sur des savoirs millénaires

Après une restitution de terres, lorsque les Kogis redémarrent leurs systèmes de culture, ils procèdent de façon échelonnée, en accord avec leurs besoins alimentaires (nature et quantité). En règle générale, ils commencent par les tubercules, puis viennent les céréales comme le maïs, rapidement associés à des légumineuses dont les lianes prennent appui sur les plants de maïs. Bananes plantain et arbres fruitiers vont ensuite être répartis de façon à ne pas générer trop d’ombres tout en protégeant d’une brise parfois excessive.

Peu à peu, les champs se convertissent en véritable “silos” sur pied, sorte de “supermarchés naturels” dans lesquels chaque famille vient puiser en fonction de ses besoins quotidiens. Certains produits frais sont consommés, d’autres peuvent être conditionnés et emportés vers d’autres étages thermiques, où ils seront échangés contre des produits alimentaires d’altitude.

Tailles et brûlis font largement partie de leurs pratiques agricoles, mais à la différence des paysans ou des colons, les Kogis commencent les brûlis, avant que la végétation ne soit trop sèche et que les feuilles ne soient tombées. De fait, les flammes brûlent plutôt les parties hautes des branches, et épargnent la micro-flore et la micro-faune (micro-organismes) qui se développent près du sol ; une pratique qui favorise la décomposition des matières organiques et la formation d’humus. Autre avantage, les plus gros troncs ne brûlent pas totalement, ils forment des barrières de contention qui permettent de limiter les effets de l’érosion, puis ils se décomposent, augmentant les capacités de fertilisation du sol.

La connaissance et l’utilisation des semences est une autre des composantes importantes de leur savoir. Ainsi pour fertiliser le sol, les Kogis ont pour habitude de semer certaines variétés de légumineuses, des haricots notamment, qui ont une triple fonction : capter le nitrogène et le fixer au sol, produire des récoltes et favoriser la fertilisation des terres cultivées. De fait, les semences utilisées sont des semences traditionnelles qui ont des caractéristiques très précises. Elles bénéficient d’une importante longévité. Elles s’avèrent aussi très résistantes aux maladies pendant la période de culture et aux attaques d’insectes en période de stockage. Après avoir été “baptisées”, les graines sont stockées à l’intérieur même des maisons, dans des lieux secs, souvent exposés à la fumée du foyer. Après une période de 4 à 5 ans, les zones de culture sont entièrement abandonnées et remplacées par d’autres, ce qui permet à la forêt de se régénérer et de se récupérer pour les générations futures.

Les Kogis et l’argent

Les Kogis, considèrent l’argent, comme étant le pire ennemi de l’homme. Il éveille les pulsions, et rend fou.

Confrontés au tourisme, à la corruption, au manque et à la création de besoins artificiels, certains Kogis refusent l’argent, d’autres tentent de s’en accommoder.

Portraits

Mamu Antonino

Arrivé en 2001, Mamu Antonino a été chargé de tout le travail de récupération spirituel qui a été mené sur les terres de La Luna.

“C’est Mamu Joaquim, un Mamu de grand prestige au sein de la communauté qui a été chargé d’ouvrir la voie et d’initier tout ce travail de récupération. C’est à lui qu’est revenue la lourde tâche de “nettoyer” ces terres abîmées, profanées pendant de nombreuses années, de les préparer “spirituellement” pour permettre l’installation définitive des premières familles.

Après cette première étape, c’est au Clan Alimako, auquel appartient Mamu Joaquim qu’est revenu la responsabilité de ces nouvelles terres. Mamu Joaquim est malheureusement décédé peu de temps après son arrivée. C’est le Mamu Antonino, membre du Clan Dingula, famille proche du Clan Alimako qui a été désigné pour le remplacer. Un changement qui a posé de nombreux problèmes dans l’organisation génétique qui accompagne la prise de possession d’un nouveau territoire.

Aujourd’hui, ce sont toujours les membres du Clan Alimako, sous la responsabilité de Camilo, fils aîné de Joaquim qui ont la charge de ces nouvelles terres.”

Sukua

Fils de Vincente, Sukua (enfant) mène sa vie entre les terres de La Luna, et celles, plus en altitude, de la Hamaca.

Avec son père, qu’il suit pas à pas, il apprend ce que sera son rôle au sein de la communauté : planter, travailler la terre, en répartir les récoltes…

Sukua parle avec la terre…

Judith Nuvita

Judith Nuvita est dentiste. C’est la première femme Kogi à avoir suivi des études universitaires.
Une fois diplômée, plutôt que de rejoindre le monde « moderne », elle a choisi d’exercer sa profession auprès des siens, en rejoignant l’organisme de santé des peuples autochtones de la Sierra. « Mon père était dentiste “empirique” », dit-elle en souriant. « Moi, j’ai fait des études, mais je suis revenue au service de la communauté ».
Petite, volontaire, illuminée par un sourire qui traverse son visage, Judith est sur tous les fronts. Débordante d’énergie, elle a aussi à cœur de tout faire pour préserver sa culture et les savoirs ancestraux de son peuple. Face au risque d’acculturation qui se fait sentir chaque jour un peu plus, en particulier dans les villages les plus proches du monde « moderne », elle a conçu le projet de préservation des savoirs traditionnels afin de permettre aux jeunes de (re)découvrir la pratique du tissage féminin et masculin, dans toute sa richesse et sa symbolique.

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