Pourquoi reconnaître et défendre les droits des peuples autochtones sur leurs territoires ancestraux ?
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En juin 2026, la Cour constitutionnelle colombienne s’est rendue pour la première fois à Leticia, en Amazonie. Cette rencontre a notamment mis en lumière un enjeu central : la reconnaissance des droits des peuples autochtones ne peut rester théorique. Elle doit se traduire concrètement par le respect de leurs territoires ancestraux, de leurs autorités et de leur capacité à décider de leur avenir.
En Amazonie comme dans la Sierra Nevada de Santa Marta, les territoires ancestraux sont confrontés à de multiples pressions : déforestation, exploitation minière, déplacements forcés et accaparement des ressources. Ces phénomènes ne menacent pas seulement des écosystèmes. Ils affectent les conditions d’existence des peuples, leurs droits territoriaux, leurs formes d’organisation collective et la continuité de leurs cultures.
Ces atteintes ne sont pas dissociables des rapports économiques et politiques qui déterminent l’accès à la terre et aux ressources. Elles s’inscrivent, selon les contextes, dans la continuité de rapports coloniaux et de logiques d’exploitation qui ont historiquement marginalisé les peuples autochtones.
Le territoire : bien plus qu’une terre à préserver
Pour les peuples autochtones, le territoire ne se résume pas à une surface délimitée sur une carte. Il peut être un espace de vie, de mémoire, de transmission, de relations au vivant, de spiritualité et d’organisation politique. Les rivières, les montagnes, les forêts et certains lieux particuliers prennent sens dans des relations, des histoires et des responsabilités qui se transmettent au fil des générations.
Ces conceptions du territoire ne sont ni uniformes ni figées : chaque peuple possède sa propre histoire, ses propres références et ses manières d’habiter le monde. Elles invitent néanmoins à interroger une conception dominante qui réduit souvent la terre à une propriété, une ressource économique ou un espace à aménager.
Reconnaître les territoires ancestraux implique leur protection environnementale. Cela suppose de reconnaître les droits des peuples qui y vivent, leurs autorités, leurs formes de gouvernement et leur capacité à déterminer leur avenir.
Reconnaître les savoirs sans les instrumentaliser
Les peuples autochtones portent des systèmes de connaissances, des pratiques et des responsabilités territoriales transmis et renouvelés au fil des générations. Ces savoirs sont liés à des langues, à des histoires et à des manières singulières de comprendre les relations entre les êtres humains et le vivant.
Leur reconnaissance ne devrait pas dépendre uniquement de leur contribution à la préservation de la biodiversité ou à la réponse aux crises écologiques. Les peuples autochtones n’ont pas à démontrer leur utilité pour faire reconnaître leurs droits. Leurs savoirs, leurs cultures et leurs choix méritent d’être respectés pour ce qu’ils sont, dans le respect de leur autonomie et de leur capacité à décider de ce qu’ils souhaitent transmettre ou partager.
La rencontre de Leticia a également rappelé l’importance du dialogue interculturel et de la reconnaissance de différentes manières de comprendre la justice, le droit et la relation au territoire. Mais le dialogue n’a de sens que s’il s’accompagne d’une écoute réelle, d’une capacité à agir et d’un respect effectif des droits.
Accompagner la récupération des territoires ancestraux
Depuis plus de 25 ans, Tchendukua accompagne les peuples autochtones de la Sierra Nevada de Santa Marta dans leurs démarches de récupération et de reconnaissance de leurs territoires ancestraux.
Cette démarche ne se limite pas à préserver des espaces naturels. Elle contribue à soutenir des droits, des liens vivants au territoire et la continuité de modes de vie, de transmission et d’organisation propres à ces peuples.
Récupérer un territoire, c’est aussi rendre possibles des choix collectifs, soutenir la transmission entre les générations et permettre aux peuples concernés de poursuivre leurs propres projets. C’est reconnaître qu’ils ne sont pas simplement les bénéficiaires de politiques de protection, mais des acteurs politiques à part entière, porteurs de droits et de visions de l’avenir.
Défendre les territoires ancestraux, ce n’est donc pas seulement protéger la nature. C’est aussi questionner les rapports de pouvoir qui ont rendu leur dépossession possible, reconnaître les droits des peuples qui les habitent et soutenir leur capacité à décider de leur avenir.
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